Notre histoire

Comment permettre aux personnes que nous soignons et à leur entourage d’être plus responsables de leur (ou la) santé ?

C’est la question que se sont posées les six infirmières travaillant au centre de soins rue Alexis Pesnon à Montreuil dans les années 1965/1972.

Lors de réunions les idées fusent…Des décisions se prennent…

Si nous voulons associer les habitants à cette recherche, il faut constituer une commission de travail où chacun peut s’exprimer.

Nous-mêmes pouvons rassembler les expériences vécues par d’autres…

Une réflexion est donc menée avec des habitants de plusieurs quartiers de Montreuil, les professionnels du centre de soins, des militants intéressés par les questions de santé, deux médecins, les malades et leurs familles …

En décembre 1974, une association loi 1901 est déclarée en préfecture sous la dénomination « Centre d’Action Populaire Pour la Santé », CAP’SANTE.

Ses objectifs ?

  • Devenir ensemble de plus en plus responsable de la santé.

  • Promouvoir et revaloriser les capacités de vie que chacun possède.

  • Agir et intervenir ensemble sur les causes du « Mal-être »

  • Replacer les actions de santé dans l’ensemble des éléments de vie.

Le Cap’S prend sa vitesse de croisière…c’est une vie associative où chacun peut prendre la parole, soignants et soignés, ensemble nous entrons dans une démarche communautaire de santé où l’environnement a sa place.

Le Cap’S assure les activités habituelles d’un centre de soins soignant les personnes à la permanence du centre et à domicile sur Montreuil.

De plus il mène une action continue avec les adhérents et les usagers en vue de l’éducation sanitaire, l’information, la prévention.

L’information sur l’hygiène de vie au plan physique et alimentaire a une grande importance dans la prévention des maladies. Dans ce sens, le Cap’s poursuit son action tout au long de l’année. Des débats, des rencontres animées par des professionnelles ont lieu une fois par mois entre usagers, adhérents et professionnels.

Les contacts à domicile provoquent les infirmières à réfléchir, tout particulièrement sur la situation des personnes âgées en perte d’autonomie.

Des demandes sont de plus en plus fréquentes pour l’aide à la toilette, les soins d’hygiène, aider la personne à se lever, s’habiller. Cela suppose d’investir beaucoup de temps…les liens avec le service municipal d’aide à domicile, le service social…

Une réflexion se poursuit avec le Conseil d’administration, des démarches sont faites…

Une première demande est déposée à la DASS en 1984, puis en 1986…pour appuyer cette demande, une lettre ouverte est proposée aux habitants…plus de 500 signatures sont recueillies.

Le service soins à domicile pour personnes en perte d’autonomie avec les professionnels appropriés est mis en place en 1988 pour 39 places à domicile.

1989 : l’arrivée d’une professionnelle en santé publique et santé communautaire permet de finaliser le projet associatif voulu par les administrateurs.

Des relais de quartier naissent. Ils se veulent à l’écoute des besoins de la population pour en informer le conseil d’administration et chercher ensemble comment répondre.

Le travail en équipe du personnel soignant leur permet de se former, se motiver, se soutenir, de tenir malgré les difficultés.

En assurant les soins, en parlant avec les usagers, avec la population, nous découvrons un manque d’information sur ce qui concerne le corps, son fonctionnement, ses besoins, l’influence du cadre de vie sur la santé de chacun de nous…

Des réunions de formation et d’échanges se mettent en place…

Des intervenants sont invités, parlent du sujet choisi, puis, une discussion s’engage. Donner la parole est important, ensemble des solutions peuvent se trouver.

Débutées en 1979, ces rencontres se poursuivent jusqu’en 1995, les habitants des quartiers se mobilisent.

lecorpsasesraisons

Nous découvrons également que bien des personnes souffrent de « mal au dos » de « mal être » dû aux conditions de vie. L’une de nous a lu le livre de Thérèse Bertherat « Le corps a ses raisons », est allée travailler avec elle dans un groupe… a suivi une formation…c’est encore l’occasion de partager ses découvertes.

En 1980, les groupes de « Gym’douce » s’organisent et permettent à chaque participant de faire des découvertes et de mieux se prendre en charge. En 1983 , 6 groupes fonctionnent chaque semaine, regroupant 70 à 80 personnes animées par l’équipe formée pour cette activité.

Permettre aux personnes en perte d’autonomie de rester à leur domicile le plus longtemps possible est important pour elles-mêmes, cela demande aussi beaucoup à la famille…c’est pourquoi le Cap’s a organisé, en 1993/1994, un service temporaire d’été pour permettre aux « aidants familiaux » de partir en vacances, sachant que ce serait la même équipe qui serait près d’elle. Ces solutions ont pu se réaliser grâce à l’hôpital André Grégoire et la maison de retraite des Beaux Monts qui nous ont laissé quelques chambres pour réaliser ce séjour. Cette possibilité n’a pu se poursuivre…faute de locaux.

Depuis les années 80, les soignants sont appelés parfois pour assurer les soins à de jeunes toxico. Au cours des années certains développent des maladies auto-immunes…le désarroi des familles est grand…l’état de délabrement de ces jeunes interroge…plusieurs sont morts à l’hôpital après une longue coupure avec le milieu familial.

Répondre à ce nouveau besoin paraît nécessaire mais il nécessite une formation spécifique…soins techniques…accompagnement…soins palliatifs…

Il faut aussi que les soignants s’aident mutuellement pour dépasser leurs peurs ou parfois leurs préjugés.

C’est un travail décapant, mais, qui permet en 1992/1993 d’obtenir le financement de trois prises en charge pour malades atteint par le HIV.

Grâce à ce service supplémentaire,plusieurs jeunes ont pu être soignés chez eux en lien avec l’hôpital concerné et le médecin traitant. Ceci a nécessité un travail d’équipe prenant en compte les besoins du malade, mais, aussi, de sa famille. Famille souvent démunie devant cette maladie…Comment envisager le départ d’un jeune ? Que faire durant les dernières semaines ? Que faire pour accompagner cette famille après le décès ? Vers quel professionnel la diriger ?

C’est un travail très lourd psychologiquement pour les soignants. Heureusement depuis 1990 un groupe de parole les rassemble tous les 15 jours. Aidé par une psychologue, chacun peut parler de ses difficultés, de ce qui l’a marqué, bousculé…des situations parfois difficiles…et ensemble voir quelles solutions apporter.

Dans le même temps, en 1992, des infirmières du Cap’S suivent les cours organisés par l’hôpital Paul Brousse pour se former aux soins palliatifs, une équipe de bénévoles se met en place, suit également une formation à l’accompagnement pour les personnes soignées à domicile.

Bien sûr, cet accompagnement se fait en lien avec les infirmières et la psychologue. Chacune des personnes ayant participé à ces formations a partagé avec l’équipe combien ce travail avait été bénéfique pour elle-même dans la vie courante.

Suite à cela, en 1997 le Cap’s se voit attribué 5 places de soins palliatifs à domicile.

Depuis des années, des demandes de prises en charge pour jeunes et adultes handicapés ont poussé le conseil d’administration du Cap’s à répondre à cet appel. Nouvelles discussions avec la DASS pour obtenir un financement…Fatima, jeune handicapée, militante qui, depuis des années, se bat, soutenue par ses parents, pour vivre le plus décemment possible, nous aide, nous soutient…d’autres la rejoignent. En mai 1999 , une convention est signée. Ce sera le premier service à domicile pour handicapés dans la région île de France.

Au départ, nous étions 6 soignants, une secrétaire… Petit à petit, l’équipe salariée s’est étoffée au fur et à mesure des besoins. Une directrice, des coordinatrice de soins, des aides-soignantes et, maintenant, un nouveau service pour une population démunie par cette maladie récente : la maladie d'Alzheimer.

La particularité du service est d’offrir un accompagnement à l’aidé et à l’aidant. Ce dernier point rejoint le souci continu du Cap’s qui est l’aide aux aidants (voir le service temporaire d’été.)

Cette évolution continuelle du CAP’S s’est réalisée grâce à une démarche de santé communautaire qui permet aux professionnels, aux membres du CA et aux adhérents de découvrir les besoins de la population et chercher ensemble comment y répondre.

Le fruit de ce travail d’équipe, ces transformations ont pu se réaliser grâce aux membres du Conseil d’Administration aux usagers, aux professionnels, chacun apportant ses compétences…la réflexion et les décisions prises ensemble sont une richesse, aident à vivre le quotidien et à être inventif.